Témoignage, écriture : "Coup de foudre un soir d'été à la campagne 2/4"

Publié le par Ateliers d'Art-thérapie analytique Béatrice Constantin-Mora

Artiste : http://www.rebeccalouiselaw.com

Artiste : http://www.rebeccalouiselaw.com

Nous sommes à l'été 1970.

Il règne une odeur de paille chaude et poussiéreuse. Machines et hommes ont travaillé dur toute la journée et ce soir c'est la fête au village (1). Sur la place le parquet (2) est déjà monté. Les musiciens installent leur sono et leurs instruments, accordéaons, guitare, trompette, batterie, le testent et révisent ou découvrent des morceaux qu'ils jouent ensemble pour la première fois. Tango, paso, valse, cha cha, beguine, samba, madison, un peu de rock, il y en aura poour tous les goûts.

Bien sûr la buvette est déjà installée avec les tables et les chaises. C'est la première chose qu'on met en place lors d'une telle soirée. Il a fait chaud aujourd'hui et la soif continue de titiller les papilles malgré tout ce qui a été bu. C'est là que les hommes débutent leur soirée. Il y en aura de la "viande saoule" ce soir. On y discute battages, rendement, cheptel, politiques d'incompétents qui ne connaissent rien au monde rural, subventions promises mais non encore accordées. Question couleur de peau, pas besoin pour ces hommes là d'aller se baigner et bronzer à la mer. Tous ont le "bronzage agricole" : bras bronzés jusqu'aux coudes, cou et nuques grillés par le soleil. Qu'iraient-ils faire à jouer les lézards la journée et dormir la nuit dans leurs "bouètes à gorets" (3).

Au fur et à mesure que le soir descend, le parquet se remplit. les filles sont en toilette et les garçons portent encore la veste et la cravate, mais plus pour longtemps. Certains utilisent encore des pinces à cravates et des boutons de manhette. les cheveux sont longs.

Les commères affûtent leur langue. Il y a du monde ce soir. Corollaire : beaucoup de confidence. Pour entrer sous le châpiteau, un coup de tampon sur le poignet. Paf ! paiement validé. Comme il y aura un autre bal demain, certains petits malins évitent de laver leur poignet. la marque du tampon resservira.

Des grands-mères ont fait suivre leur tricot. On ne perd pas de temps dans nos campagnes. pour l'hiver prochain, on aura besoin de pull, de chaussettes, de gants, peut-être de layette. Pour ceux qui voudraient se gausser, rappellons que les défilés de mode sont en décalage de 6 mois par rapport à la haute couture.

Enfin le bal commence. Une noria de garçons se constitue : les garçons se rangent en file indienne et tournent autour de la salle pour inviter ces demoiselles. Plusieurs tours sont parfois nécessaires. il y a les timides, les matamores, les complexés, les jeunes barbus. les anciens disent que, pour favoriser la poussée de ce tendre duvet, "il faut lui appliquer tous les jours du caca d'oiseau", fine plaisanterie qu'ils referont à la prochaine occasion. La prunelle des "victimes" lance alors le message "pauv' type" surtout si une fille est présente lors de la remarque. Certains regardent à peine les filles qu'ils invitent, ou alors les fixent comme une couleuvre hypnotisant sa proie. regards directs ou fuyants, expressifs ou amorphes espérant que la fille convoitée ne sera pas partie avec un rival.

(1) : La fête au village- Les Musclés font une grosse fête sans les femmes-

(2) : Le parquet de danse est une structure constituée d'une grande toile de tente dont le sol a été recouvert de planches permettant de danser.

(3) : Boîte à cochons = Caravanes

Le début de l'histoire : 1/4

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