Témoignage, écriture : "Coup de foudre un soir d'été à la campagne 3/4"

Publié le par Ateliers d'Art-thérapie analytique Béatrice Constantin-Mora

© Grażyna Pałaszewska

© Grażyna Pałaszewska

Les filles sont assises et reluquent celui qu'elles voudraient bien comme l'élu de leur cœur et à qui elles enverront tous les jours de la semaine des lettres parfumées dégoulinantes de mots leur assurant d'éternelles amoures.

Et c'est parti ! La noria se met en branle. on change de partenaire à chaque morceau. Mais bientôt les couples se stabilisent et parfois s'éclipsent discrètement. Dans les coins sombres de la place, sous les marronniers, on échangera de furtives caresses et, au passage, on craquera quelques boutons d'acné. Des premiers baisers sont échangés, sur la bouche, comme les grands. Les non-initiées embrassent du bout des lèvres en les gardant bien pincées. pas question de faire une soupe de langues. Beurk : Les garçons qui n'ont pas froid aux yeux, forceront le passage après avoir plaidé leur cause. Gare aux baffes!

Quelques filles auront été briffées par une copine sur la façon de "rouler un patin" et glousseront en y pensant. Elles exigeront de leurs élèves une demande retour d'expérience...

 

Les matrones surveillent, avec plus ou moins de vigilance, le coquin qui danse avec leur fille. Elles s'interrogent : Revenus ? Travailleur ? Robuste ? Fiable ? Taillable et corvéable ? Elles aimeraient avoir encore vingt ans. Plus jeunes, elles se seraient bien tapé celui-là dont la réputation est d'être un bon élève ou cet autre, avec la moustache, qui ressemble à un papero argentin. Le tango reste une valeur sûre. Frustration, jalousie. Son homme a intérêt à se montrer à la hauteur ce soir.

Assise dans un coin, il y a Rosa, veuve, mari décédé depuis deux ans déjà, un enfant. Elle aimerait bien trouver l'âme sœur. De son côté, Gabriel aimerait bien se mettre avec Rosa, mais que dirait-on au village ? Rosa a un gros handicap : elle a déjà "servi"...

 

On vit ici dans un monde clos. Tous se connaissent. Il ne se passe jamais rien d'extraordinaire. Mais l'extraordinaire se produit quelquefois.

L'heure est déjà bien avancée. la chaleur et les slows ont plongé les danseurs dans une douce léthargie. la soirée s'étire. Et voilà que BOUM! Par Toutatis ! Le ciel nous tombe sur la tête ! Entre sur le parquet une très jolie fille, blonde, dix-sept ans peut-être plus, cheveux crépus, démarche assurée, belle, semblant venir d'un autre monde, apparition incongrue en ce lieu, habillée sobrement mais avec chic, une déesse. Une tornade s'abat alors sur le parquet. un vent gorgé de phéromones sexuelles assène un coup de massue à tous les danseurs en les laissant groggy. Comme un noyau d'U 235 bombardé par des neutrons, la noria se disloque. Les éléments partent dans tous les sens. le monde s'arrête de respirer. On avale difficilement sa salive. Puis ayant repris quelque contenance, on se précipite vers la jolie blonde. Elle accepte l'invitation d'un garçon un peu rustaud, bien vite intimidé. L'indécision, l'apathie semblent vouloir retomber comme un soufflé trop chaud.

Je n'ai jamais fait la noria. Je trouve cette pratique dégardante. J'ai mon amour propre. Ce moment de flottement me pousse à agir. Il faut foncer. Alors moi, qui suis d'un naturel timide, je me précipite en conquérant. J'ai l'intime conviction qu'elle sera ma partenaire. Exact. Et la musique...

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